Il y a vingt ans déjà, en
prenant conscience de l’importance de mon environnement urbain sur mes
premières recherches picturales, j’ai commencé à travailler la notion de
l’espace (physique et virtuel) existant entre les individus.
La vie des citadins est
régie par de nombreuses règles qui, en fonction du regard qu’on leur porte,
deviennent des obstacles ou invitent à la communication. Ainsi en utilisant
dans ma création des matériaux récupérés issus des toits, je cherchais à
concrétiser l’espace protecteur qu’offre la cité aux individus. Je
travaillais des formes géométriques symbolisant ce qui sépare ou rapproche
les personnes entre elles.
Actuellement, une de mes
sources d’inspiration se trouve dans mes déambulations, mes propres
histoires se chevauchent avec les faits historiques inscrits sur les murs et
autres trottoirs de ma ville, Paris. Mon imagination associée à certains
objets ramassés est le vecteur de mes futures compositions plastiques à
l’atelier. La tête en l’air, à l’écoute de mes ressentis et du monde urbain,
mes pas m’ont amené à traverser des jardins publics, espaces atrophiés de la
nature existante. Le flot de la foule traversant les rues ou se promenant
dans les mêmes directions, les files de voitures circulant en tous sens là
où vivait peut être, autrefois, une nature sauvage, en imaginant ces visions
de haut, cela s’apparente à l’ombre d’une plante qui s’épanouit marquant le
temps qui passe.
Ma place d’artiste dans
l’évolution de notre société m’amène à exprimer plastiquement, par deux
approches complémentaires, l’idée du souvenir d’un monde vierge ayant existé
en lieu et place du monde construit :
D’une part, par ma palette
composée de matériaux récupérés et naturels - ardoise, zinc, plomb, bois,
caoutchouc, papiers, cires et résines pigmentées -, j’exprime ces idées en
composant dans des tableaux-reliefs des formes végétales et animales en
silhouettes découpées. Je recherche l’équilibre entre les lignes et les
surfaces, entre les matières lisses et rugueuses, entre la lumière et la
matité.
Par une
expression visuellement narrative, symbolique, le résultat s’articule sur
une dualité propre à nous faire voyager. Ce concept de dualité fait partie
intégrante de mes recherches. Si tout ou presque va par paire, de façon
complémentaire ou antithétique, mon travail reflète ce constat par les
formes, les matériaux, les volumes et le rapport humain dans l’œuvre.
Mes compositions à la
technique complexe sont, par leur destination, accrochées sur des murs dans
des espaces eux même protégés par les mêmes matériaux. Ce monde présenté
dans des « fenêtres artistiques » par le message, l’histoire, le rythme, la
couleur, la tentation tactile invite le spectateur à s’interroger sur son
environnement et son univers intérieur.
D’autre part, je réalise
des installations éphémères dans des lieux publics que le promeneur peut
croiser. Pour accentuer, pour marquer le souvenir, l’illusion de l’espace
transformé par la ville, je joue soit sur la transparence des matériaux
utilisés, soit sur l’utilisation des matériaux naturels récupérés sur place.
Par le graphisme ou le message écrit sur mes structures, je tends à révéler,
à concrétiser un espace existant, mais invisible au quotidien par les
passants. Tel est la raison de ces installations, qui une fois disparues,
resteront dans le souvenir de tout ceux qui les ont remarquées. Et s’ils en
parlent autour de lui, leurs mots complèteront les milliards de paroles qui
nous entourent et qui circulent autour de nous. S’ils perdent le fil de
leurs sentiments dans tout ce brouhaha, mes « filtres de mots d’amour »
leur permettront de retrouver un espace de sérénité.